Ibrahim n'a toujours pas envoyé son rapport sur l'Immeuble Diplomatic. Édouard compose le numéro. Messagerie, encore.
Il ouvre son tableur pour vérifier les comptes de Villa Beauséjour. 78 % du budget est déjà consommé, et le gros œuvre n'est même pas terminé. Il ne l'a su que ce soir.
Son téléphone vibre : troisième appel de Monsieur Coulibaly. « Du nouveau sur mes travaux ? » Édouard n'a rien de concret à lui répondre.
Il pense au ciment commandé la semaine dernière pour Villa Beauséjour. Il a payé pour 80 sacs. Combien sont arrivés sur place ? Il ne le sait pas.
Il repense à la paie qu'il a signée vendredi — 14 ouvriers déclarés sur l'Immeuble Diplomatic. Étaient-ils vraiment 14 sur place ? Il ne sait pas non plus.
Mais ça, c'était la semaine dernière.
Aujourd'hui, à 17h30, le téléphone d'Édouard vibre. Il est tranquillement au bureau. C'est l'alerte BatiTrack : Ibrahim vient de valider la journée en 2 clics.
La photo de la dalle est là — avec la date et l'heure bloquées. Les 9 vrais ouvriers présents sont pris en photo. Le stock indique qu'il reste 30 sacs de ciment. Le rapport est verrouillé. Personne ne peut modifier les chiffres en arrière.
Édouard ferme son ordinateur. Ce soir, il dîne en paix avec sa famille.